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Sunday, November 21, 2004
 
La dénationalisation des juifs de France
Source de l'article
La dénationalisation des juifs de France
Jean-Pierre Bensimon pour le Collectif Paix et Vérité le 21 novembre 2004

On pourrait égrener la chronique des violences antisémites en France et en Europe et conclure que décidément, « il y a quelque chose de pourri au royaume du Danemark ». Un jeune juif pieux, Moshé Itshak Naeha, été inexplicablement tué d’une balle dans la tête jeudi dernier à Anvers dans le quartier orthodoxe par des agresseurs qui ont oublié de lui voler la forte somme d’argent qu’il portait sur lui. En France, en 2003, les Juifs, seulement 1% de la population française, étaient victimes de 72% de la totalité des violences racistes commises dans le pays, selon les statistiques du CNCDH.

Mais il y a des violences d’une autre nature, qui ont pris la forme de messages symboliques puissants, émanant des plus hautes autorités publiques et sociales. Ces messages, qui signifient l’avènement de normes collectives nouvelles, transforment la représentation que se font les Juifs de leur place dans la nation française. Pas à pas on est en train d’aboutir à un véritable phénomène de « dénationalisation » des Juifs, dont on ne peut pas vraiment dire in fine qui, des Juifs ou de la nation française, est le perdant véritable. Limitons-nous aux quatre derniers mois pour illustrer cette tendance. Dans cette période on peut signaler quatre évènements, non violents au premier abord, mais de portée symbolique immense, qui ont eu des effets majeur sur es rapports entre les Juifs et la France.

La décision de la Cour d'appel administrative sur l’affaire du lycée Montaigne

Le 11 août, la Cour d'appel administrative de Paris confirmait un jugement du tribunal administratif du 1 juin, qui ordonnait la réintégration de deux élèves du lycée Montaigne à Paris, dont l'un avait été exclu pour antisémitisme. Automatiquement, les parents de l’enfant juif, agressé pendant plusieurs mois par les deux « réintégrés », retiraient leur enfant du lycée. Que s’était-il passé ? Deux jeunes arabo-musulmans font d’un enfant juif de leur classe leur souffre douleur avec force de coup et d’injures, dont des injures antisémites, pendant plusieurs mois. Le jeune juif dépérit, songe au suicide, quand une ancienne institutrice rencontrée par hasard, qui le connaît bien, prend la mesure de sa détresse et parvient à lui faire dire pourquoi il en est là. «Deux élèves n’arrêtent pas de me frapper. L’un d’eux m’a traité de sale juif, et ils m’ont dit que tous les juifs avaient été exterminés.» Après deux longs mois d’hésitations, le conseil de discipline du lycée exclut les deux agresseurs récidivistes qui sont immédiatement rescolarisés dans un autre établissement. Leurs parents mobilisent alors la Ligue des Droits de l’Homme et le Mrap, trouvent le concours d’au moins un professeur activiste du lycée, un de ces personnages modernes, très sensible au destin de «l’étranger» même si c’est un agresseur, et très féroce à l’encontre du «chantage à l’antisémitisme». Tout ce petit monde demande l’annulation de la décision d’exclusion.

Deux ordres de juridiction leur donnent successivement raison, les agresseurs réinvestissent le lycée et le jeune juif battu et insulté pour ce qu’il est par sa naissance, quitte la place.

Ce qui a été édicté par ces deux décisions, c’est qu’on a le droit d’humilier, de battre et d’insulter un juif, sans encourir même la sanction d’exclusion scolaire, et que c’est la victime juive qui doit s’éclipser devant les agresseurs. C’est qu’un juif peut être la cible des coups et d’injures antisémites, sans que cela ne justifie de sanctions, et qu’il doit tourner les talons en silence. Ce message dit aux Juifs français qu’ils ne sont pas si français que cela, s’ils sont agressés par des arabo musulmans. Ce message de mise au ban, les Juifs l’ont assurément entendu, même si c’est à des niveaux de conscience cachés ou profonds. Pour l’heure, ils ont voté avec les pieds : les écoles confessionnelles juives ont été assaillies de demandes d’inscription.

Les portes du soleil

Le second évènement est la diffusion du film « Les portes du soleil » par la chaîne Arte, les 7 et 8 octobre, avant son passage dans les salles de cinéma. Ce film comprend plus d’une heure de déchaînement antisémite ou les israéliens, appelés exclusivement « les Juifs » comme dans tout le monde arabe, sont hitlérisés au moyen d’artifices grossiers : kibboutz transmuté en camp de concentration, avec des miradors, numéro écrit sur le bras, tri des vêtements entassés en monticules, réflexions sur «l’organisation des Juifs», meurtres mécaniques du tueurs déshumanisés, aux visages invisibles. Les commanditaires du film ne peuvent pas invoquer l’ignorance. Le film est adapté d’un ouvrage d’un écrivain libanais, Elias Khoury, connu pour son antisionisme obsidional, qui tient une rubrique hebdomadaire dans le quotidien palestinien de Londres Al-Quds Al-Arabi. Le réalisateur est un cinéaste égyptien militant Yousry Nasrallah qui baigne dans la culture antisémite délirante qui affole ce pays.

Les téléspectateurs français sont ainsi soumis à une propagande anti juive haineuse, à une heure de grande écoute, et ils ne se trompent pas : les records d’audience sont pulvérisés. Ce qu’il faut ajouter, c’est que ce film a été financé par le ministère des Affaires Étrangères, par le ministère de la Culture, par les autres chaînes publiques, et par des fonds européens. Les Juifs ont été diffamés et nazifiés au cours d’un exercice de réécriture de l’histoire, et cette opération a reçu onction et argent du sommet de l’État. Guy Millière a raison de déclarer qu’avec « Les portes du soleil » la France tient son film antisémite, comme l’Allemagne avec « Le Juif Suss » de Veit Harlan. Jean Tsadik de la Ména a raison de déceler là « une fracture » et de noter que ce film a « la faculté d’excommunier de l’entente nationale tous les Israélites de France qui refusent de renier leur autre composante nationale. De les placer, les indignes, les méprisables, au ban de la nation et de les soumettre à la vindicte populaire ».

Un nouveau message a été émis et comme le premier, il a été entendu sur plusieurs registres de conscience : on a le droit de proposer au grand public, à une heure de grande écoute, un faux historique violemment antisémite, d’y assimiler les Juifs à des nazis et de recueillir les louanges politiques et artistiques des plus hautes institutions du pays. Aux Juifs français d’accepter l’état de fait et de cuire ou de recuire dans leur jus.

Le traitement accordé à Arafat

Qu’Arafat mourant ait été accueilli en France ne dispose pas à l’euphorie. Son agonie, à bonne distance de la rue palestinienne chauffée a blanc, a sans doute économisé bien des vies. Le problème, c’est qu’il n’a pas seulement été accueilli, il a été honoré comme un héros mythique. Les embrassades et les déclarations du président de la république resteront dans les mémoires. Le rapatriement de sa dépouille a donné lieu à un spectacle surprenant ; par la volonté personnelle de Jacques Chirac, la République lui a rendu les honneurs militaires les plus élevés. La marche funèbre de Chopin, la Garde Républicaine en gants blancs, un premier ministre et last but not least la Marseillaise ! Oubliés les soldats français morts dans l’explosion de l’immeuble Drakkar à Beyrouth par les soins des amis chiites du défunt. Oubliée la guerre dévastatrice en Jordanie en 1970. Oubliées les vagues d’attentats, les détournements d’avions, les meurtres de Munich, la guerre de 7 ans du Liban, avec ses 150 000 morts et la destruction du seul État arabe multiconfessionnel et démocratique. Oubliés les commandos de la plage de Haïfa, la tuerie de l’école de Maalot qui préfigurait celle de Beslan, l’Achille Lauro et l’assassinat de Léon Klinghoffer, le vieil hémiplégique dont le crime était d’être Juif. Oubliée la violation des accords d’Oslo, la récusation des propositions de Camp David, le déclenchement de l’Intifada armée, les appels aux « Shahids », le millier de morts israéliens, civils pour la plupart.

La France a rendu les plus grands hommages possibles au plus grand terroriste antijuif contemporain.

Le message délivré par le président de la république, c’est qu’on a le droit d’être le plus grand tueur de Juifs depuis Hitler, d’être le plus éminents des architectes du terrorisme contemporain et recevoir quand même les plus grands honneurs militaires que la République française puisse rendre. Il a été, lui aussi, parfaitement entendu par les Juifs français, et il chemine dans leur représentation de leur place en France.

La légalisation de la diffusion d’Al Manar

Il y a quelques mois, le premier ministre s’était dit bouleversé par quelques extraits de "Diaspora", un de ces films arabes contemporains où les Juifs boivent le sang des enfants chrétiens, conspirent pour dominer le monde, avant de se transformer en porcs ou en singes. Il s’agissait disait-il « des images d’Al-Manar insupportables à la vue, brûlantes au cœur, révoltantes à la raison ». On avait même affirmé à Moshé Katsav que les émissions de la télévision de l’organisation terroriste captées dans le pays seraient brouillées. Sur ces fortes paroles, le 19 novembre, soit quelques mois plus tard, Al Manar recevait l’autorisation d’émettre du CSA, qui lui ouvre tout l’espace télévisuel européen. Il faut dire que le CSA avait été missionné par le Conseil d’État pour explorer l’éventualité d’un conventionnement avec Al Manar, affaire qu’il a rondement menée.

L’autorisation du CSA serait assortie d’un contrôle rigoureux de clauses proscrivant l’incitation «à la haine, à la violence ou à la discrimination pour des raisons de race, de sexe, de religion ou de nationalité ». Le problème, c’est que pour surveiller Al Manar et une quinzaine d’autres chaînes arabes, le CSA dispose en tout et pour tout de deux agents parlant arabe, mais soumis à la règle des 35 heures. C’est dire la valeur des «contrôles» à venir.

Al Manar a d’ailleurs fêté l’évènement en diffusant en boucle la nouvelle de l’autorisation, assortie nous dit Proche-Orient.info de clips, où l’on trouve de pacifiques envolées comme :

« Jérusalem est à nous les Arabes, ceux qui l'occupent sont exterminés
Exterminés, exterminés. Jérusalem est à nous ! »

ou

« Affronte-les avec le feu
Sion l'oppresseur,
Bats-les avec le feu, Sion l'oppresseur »

Al Manar est un instrument de guerre construit par la coalition irano syrienne. Son rôle exclusif est d’entretenir le climat de haine le plus violent possible contre Israël, donc les Juifs, et de répandre un islamisme fondamentaliste qui ferme pour des générations les portes du compromis politique. La France a choisi de lui ouvrir l’espace audio visuel européen, où elle va pouvoir, au prix de quelques bémols en français, répandre la peste de l’antisémitisme et de l’islam de guerre, en français et en arabe. Sa cible principale, sa porte d’entrée, c’est un antisémitisme échevelé, que tout le monde connaît et que l’on a pas les moyens de surveiller, encore moins d’endiguer.

Le message que les juifs français reçoivent ici, c’est qu’on a le droit de faire de l’antisémitisme terroriste son fonds de commerce, et de le diffuser dans l’espace médiatique français avec l’aval de l’instance régulatrice suprême et du Conseil d’État, qui acceptent les risques de montée des agressions antisémites et du terrorisme islamiste inhérents à cette décision.

Vers un consensus hostile au peuple juif en France

Les quatre évènements rapportés ici ne doivent rien à l’immigration arabo-musulmane. Ce sont des initiatives ou des décisions qui impliquent les plus hautes sphères de l’appareil d’État, le président de la République, de grands ministères, des instances judiciaires dont une Cour d’ Appel, le Conseil d’État et le CSA. Ces institutions majeures ont envoyé des signes indiscutables qui se résument en une phrase : « on a le droit d’attaquer et de salir impunément le peuple juif en France ».

En sens inverse, le seul signe notable a été le rapport de Jean-Christophe Rufin du 19 octobre, qui établit le lien entre l’antisionisme radical et l’antisémitisme, qu’il dénomme « antisémitisme par procuration ». Jean-Christophe Rufin laissait entendre dans son rapport qu’il était favorable à une pénalisation de l’antisionisme radical. Il y a renoncé quelques jours plus tard dans un article du Monde. Le rapport a été semble-t-il refermé aussitôt paru, et rangé dans les archives sans fond du Ministère de l’Intérieur.

La conséquence de ces orientations politiques, c’est l’établissement d’un consensus dans la diffamation d’Israël et la falsification de l’Histoire contemporaine. Par l’intermédiaire du PAF qui sait comprendre ce que l’on attend de lui, on aboutit à une dégradation supplémentaire de l’image d’Israël et du judaïsme dans les représentations collectives des français, comme l’atteste le sondage BVA du 8 novembre.

Il faut rappeler qu’avant 1940, il n’y avait pas de mouvement de masse antisémite en France, mais que les esprits, les représentations, étaient préparés par les ouvrages de Druon, puis de Maurras. Aussi, à peine mis sur pied, le régime de Vichy a pu trouver les hommes nécessaires pour mettre en œuvre une politique antisémite plus radicale que celle qu’exigeait l’occupant nazi.

Masquées par des discours sonores mais vides qui font office de couverture, les autorités françaises sont en train de réunir les ingrédients d’un milieu passionnément hostile aux Juifs, capable d’accepter ou de trouver des justifications aux pires entreprises à venir.

L’affaire Dreyfus avait prouvé, au début du 20ème siècle qu’il existait en France, par delà les clivages droite-gauche, un puissant parti de la vérité, de la liberté, de l’antiracisme, et des valeurs de la République. Il tarde beaucoup à prendre corps et à se faire entendre aujourd’hui.

A quoi sert-il de se voiler la face et de jouer à l’autruche ? Aujourd’hui, le judaïsme, comme réalité sociale et politique, est profondément déstabilisé en France par des politiques délibérées menées au sommet de l’État français. Ces politiques ne sont pas celles de la France, de toute éternité. C’est la volonté d’un groupe d’hommes, qui se compte en fait sur les doigts des deux mains, et qui croit promouvoir les intérêts politiques du pays tels qu’il les comprend, en multipliant les concessions aux dictatures arabes du monde entier sur les valeurs essentielles qui fondent le contrat social et la sécurité de notre nation.

Elle pourrait peut être perdre à moyen terme les Juifs de France, un peu comme la révocation de l’Édit de Nantes à la fin du 17me siècle priva la France des Protestants. Forces vives dont la perte devait consacrer le recul relatif du pays face au monde anglo saxon et la fin de son statut de première puissance dans le monde. A l’époque où la fuite des bac plus cinq accompagne l’entrée en force des bac moins cinq, où le décalage technologique s’accuse au détriment de notre pays, où l’identité de la France hésite devant l’irruption de l’Islam conquérant qui n’a que faire de l’intégration, qui a le plus à perdre, des Juifs de France ou de la France, à la dénationalisation rampante de ces derniers ?
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