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Thursday, April 28, 2005
 
Terrorisme: 6 nouvelles arrestations de djihadistes, à Paris et Marseille
TERRORISME Six personnes, dont un islamiste chevronné, interpellées par la DST
Filières irakiennes : coup de filet contre un groupe de djihadistes

Jean Chichizola
Le Figaro [28 avril 2005]

La guerre en Irak attire plus que jamais les fous de dieu français. La DST vient ainsi d'interpeller à Paris et Marseille six personnes soupçonnées d'être impliquées dans l'envoi de djihadistes entre Tigre et Euphrate. De source policière, ils n'auraient pas de liens avec un premier groupe démantelé fin janvier.

Opéré dimanche et lundi, le coup de filet parisien est le plus important. Il a permis d'interpeller un islamiste chevronné, recherché depuis plusieurs années. L'homme, connu sous le nom de Said al-Maghrebi, a été interpellé dimanche vers 22 h 00 dans le XXe arrondissement de Paris avec trois de ses proches. Un cinquième individu a été arrêté lundi matin. Né au Maroc, Said al-Maghrebi, 39 ans, a été de tous les combats djihadistes de ces dernières années. De source policière, il connaissait deux militants condamnés le 16 décembre par le tribunal correctionnel de Paris.

Proches de la cellule islamiste dite «groupe de Francfort», auteur d'un projet d'attentat à Strasbourg en décembre 2000, Laurent Mourad Djoumakh et Samir Korchi ont été condamnés respectivement à six et quatre années d'emprisonnement. Le premier purge sa peine dans les prisons françaises et le second a été expulsé vers le Maroc le 15 avril. Said al-Maghrebi était également en contact avec un islamiste mis en examen le 8 avril dans l'enquête sur les «filières tchétchènes» portant sur des projets d'attentat à Paris fin 2002.

Selon les services de renseignement, les connaissances du Marocain ne se limitent à ce cercle européen. A la fin des années 90, il se rend en Afghanistan dans les camps d'entraînement contrôlés par les partisans d'Oussama Ben Laden. Il y aurait rencontré plusieurs responsables d'al-Qaida. Le Marocain quitte le pays en 2001 pour revenir en Europe et aussitôt repartir pour la Géorgie où il tente de passer en Tchétchénie. Un objectif que le djihadiste ne serait pas parvenu à atteindre. En 2002, Said al-Maghrebi est repéré en Turquie. A son retour en France un an plus tard, l'homme s'enflamme pour le djihad irakien. Il aurait convaincu d'autres islamistes de partir avec lui. De source proche du dossier, on précisait hier que deux des personnes interpellées dimanche étaient effectivement sur le point de partir avec leur mentor pour l'Irak via la Syrie. Comme en janvier, où deux jeunes islamistes avaient été interpellés quelques heures avant de s'envoler pour Damas, la DST serait intervenue en urgence pour stopper ces nouveaux départs.

En marge de l'opération parisienne, l'interpellation d'un autre islamiste lundi soir à Marseille vient encore souligner la popularité du djihad irakien dans les rangs des islamistes européens. Exerçant des petits boulots saisonniers, l'homme arrêté par la DST serait membre d'un réseau implanté en Italie et envoyant des volontaires vers l'Irak. De sources judiciaires française et italienne, plusieurs islamistes tunisiens vivant entre la France et l'Italie avaient déjà quitté Marseille pour l'Irak via Damas en septembre 2002, soit six mois avant l'intervention des États-Unis.

Selon les services de renseignement transalpins, l'un d'entre eux, Rihani Lofti, est mort en septembre 2003 dans une attaque suicide contre les troupes américaines. Depuis deux ans, la police antiterroriste italienne a mené plusieurs opérations contre des réseaux d'envoi de djihadistes en Irak. Certains de ses combattants seraient déjà revenus en Europe.

L'interpellation d'un Said al-Maghrebi démontre une nouvelle fois que la France n'est pas épargnée par ce phénomène. En janvier dernier, la DST avait arrêté des jeunes islamistes issus d'une bande du XIXe arrondissement. Peu organisés, sans antécédents judiciaires, ces volontaires avaient des airs d'amateurs. Plusieurs de leurs camarades ont toutefois prouvé que leurs intentions étaient des plus sérieuses : depuis juillet 2004, trois membres de la bande dite «des Buttes-Chaumont» sont morts en Irak, un quatrième est emprisonné en Syrie et deux autres sont détenus à camp Bucca (camp américain au sud de l'Irak).

Encore faut-il ajouter le cas de deux autres djihadistes, l'un tué en 2004 et l'autre capturé le 26 janvier 2005, sur lesquels les autorités françaises s'efforcent d'obtenir plus de renseignements. Avec un objectif clair : empêcher que d'autres volontaires partent et que d'autres reviennent pour appliquer en France les recettes apprises en Irak.
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