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Tuesday, May 03, 2005
 
Espionnage chinois en France: "Les Chinois seront redoutables"
"Surpris qu'on se laisse encore avoir"

L'affaire Valéo montre la difficulté, pour les entreprises françaises, à protéger leur patrimoine industriel. Rencontre avec Ali Laïdi, spécialiste de l'intelligence économique à l'IRIS.

Spécialiste de l'intelligence économique à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), Ali Laïdi, ancien journaliste, est l'auteur des Secrets de la guerre économique (Seuil, 2004).

tf1.fr : Que pensez-vous de cette nouvelle affaire supposée d'espionnage industriel en France ?
Ali Laïdi : Ce cas de figure est extrêmement classique, c'est même l'une des techniques favorites de guerre économique. Par définition, on ne fait pas attention à un stagiaire qui débarque dans une entreprise. L'innocence de ce statut fait qu'un étudiant a souvent accès à des données parfois très sensibles et il est facile pour lui de les récupérer. Je ne suis pas surpris par cette affaire, mais par le fait que certains se laissent encore avoir. Mais pour l'instant, la jeune chinoise est présumée innocente.

tf1.fr : Est-il normal qu'une stagiaire en entreprise ait accès à des informations confidentielles ?
A.L. : Quand on est stagiaire en première année d'école, le problème ne se pose pas : c'est souvent "café-photocopie". On n'a accès à rien. Mais dans cette affaire, ce n'est plus le même cas de figure : la jeune femme est polyglotte et bardée de diplômes scientifiques. Une entreprise ne peut pas faire venir une personne de cette qualité pour un stage-photocopie. Forcément, on va être exigeant avec elle en lui demandant de fournir un travail productif. Elle aura donc accès à certaines informations sensibles afin de pouvoir apporter une valeur ajoutée pour l'intérêt de la société.

tf1.fr : Avez-vous le souvenir d'un cas d'espionnage en France par un ressortissant chinois ?
A.L. : Oui, il y a quelques années. Dans l'industrie pharmaceutique.

"Les Chinois seront redoutables"



tf1.fr : Comment les entreprises françaises font-elles pour protéger efficacement leur patrimoine ?
Tout d'abord, elles doivent avoir conscience que l'espionnage industriel existe, et je ne suis pas certain que sur ce plan-là, elles soient suffisamment informées. Ensuite, lorsque, dans le cadre d'une coopération inter-entreprises, on accueille des stagiaires provenant d'un pays dont on ne connaît pas tout à fait la stratégie, il faut se poser les bonnes questions. Par exemple, savoir lire un cv de manière transversale. Celui de la jeune Chinoise, bien sûr, sur le papier, je le trouve génial. Mais en même temps, je me pose quelques questions…
Ensuite, il faut savoir se renseigner. Chaque année, par exemple, la direction de surveillance du territoire (DST, le contre-espionnage) organise 20 à 30.000 heures de sensibilisation en direction des entreprises. Enfin, dorénavant, il faudrait que chaque entreprise se dôte d'un service d'intelligence économique, c'est-à-dire un service transversal qui puisse venir appuyer le chef d'entreprise. Ce genre de structure, présente dans toutes les entreprises américaines, permet de délimiter le champ des informations que l'on donne à telle personne, règlemente l'accès badge, etc.

tf1.fr : A vous entendre, nous sommes bien mal armés…
A.L. : Face aux Etats-Unis, l'Europe n'a pas su se défendre sur le terrain de l'intelligence économique. Mais qu'est-ce que ça va être demain face au réveil de la puissance chinoise ! Contrairement aux Etats-Unis, les Chinois n'ont pas développé de manière explicite une stratégie d'intelligence économique forte, mais ils ont tout à fait conscience des enjeux pour les années à venir et forment des cadres à cette guerre-là. Ils seront redoutables.

tf1.fr : L'espionnage industriel se fait-il toujours à l'échelle d'un Etat ?
A.L. : Prenez le miracle japonais. Comment un pays dévasté en 1945 a-t-il pu devenir la première puissance économique au cours des années 80 ? La réponse est que le pays a su mettre en place un système d'intelligence économique qui partait de l'Etat pour redescendre jusqu'aux ouvriers. L'information circulait. Je pense qu'aujourd'hui, avec la Chine, on se trouve à peu près dans le même schéma : l'Etat soutient les entreprises chinoises dans leur stratégie de conquête de marché. Une hypothèse : dans le cas de cette affaire Valéo, une entreprise a pu "commanditer" la jeune chinoise, mais, je pense, avec l'aval d'un service officiel de l'Etat chinois.

tf1.fr : Tous les secteurs sont aujourd'hui menacés par l'espionnage industriel ?
A.L. : Certains sont évidemment particulièrement exposés mais je pense qu'en réalité, tous les domaines sont concernés, de l'éducation au militaire, en passant par l'agriculture. Evidemment, les nouvelles technologies - aéronautique, automobile, aérospatiale, informatique - sont en première ligne. Mais il ne faut pas oublier les autres secteurs, comme l'agroalimentaire, où il règne une véritable guerre.
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