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Tuesday, May 31, 2005
 
Guerre civile à Perpignan: l'exode des gitans


« Ici, c’est l’émeute, c’est Beyrouth... » témoignait hier soir un photographe de guerre présent au coeur de la ville de Perpignan (Pyrénées-Orientales).L'article de l'Humanité

(..)Dans les rues du quartier arabe autour de place Cassanyes, un groupe de jeunes Maghrébins va beaucoup plus loin : «Maintenant, on va faire comme les gitans, on va s'armer. Et le pire est encore à venir !» Les gitans semblent avoir entendu la menace. Hier, pas une âme ne rodait dans les ruelles d'ordinaire si animées de Saint-Jacques. «En 24 heures, les hommes ont embarqué leurs femmes et leurs enfants, et ils sont tous partis», raconte Bruno, buraliste place Puig. Maria, une gitane de 60 ans, semble la seule à n'avoir pas déserté son appartement. «J'ai un fils handicapé, comment voulez-vous que je parte? Les autres, ils sont chez de la famille dans les villages aux alentours, ou encore en Espagne.»
L'article de Libération

Dans la poudrière de Perpignan
Le Figaro, 31 Mai 2005
Une semaine exactement après le lynchage d'un homme d'origine algérienne, Mohamed Bey-Bachir, 28 ans, par de jeunes Gitans qui ont été interpellés, la mort d'un autre membre de la communauté maghrébine, Driss Ghaïb, 43 ans, froidement exécuté dimanche par un mystérieux tireur, provoque une extrême tension à Perpignan. Après une nuit d'émeutes, la ville, quadrillée par d'importantes forces de police, retenait hier son souffle, redoutant le déclenchement d'une véritable guerre intercommunautaire.
Perpignan : de notre envoyé spécial Patrice Burnat avec Claude Belmont
[31 mai 2005]

Une nuit de feu, une nuit de sang, une nuit comme Perpignan n'avait pas souvenir d'en avoir vécu. Cela a commencé dimanche peu après 19 h, aussitôt après le meurtre de Driss Ghaïb, Franco-Marocain de 43 ans. Il était sur le pas de sa porte, en plein centre-ville, pratiquement à l'angle de la rue Dugommier et de la rue des Sureaux. On dit qu'il attendait son frère, pour téléphoner avec lui à Casablanca, en ce jour de Fête des mères. Et puis, un homme est arrivé à pied. Il a pointé une arme de poing et a ouvert le feu sans prononcer une parole. Quatre balles, probablement de calibre 9 mm, qui ont atteint leur cible à la tête, au thorax, à la hanche et à l'abdomen... Driss Ghaïb avait à coup sûr cessé de vivre avant même que son assassin ne prenne la fuite à bord d'une voiture qui l'attendait.

Dans un autre contexte, l'affaire aurait prudemment été versée à la rubrique des «mystérieux règlements de comptes». Car tout y est : une préparation, une arme de bon calibre, un complice, quatre balles tirées sans la moindre hésitation et pas un mot inutile. Mais dans une ville profondément traumatisée par la mort de Mohamed Bey Bachir, une semaine auparavant jour pour jour, les quartiers maghrébins qui se partagent le vieux centre historique avec les Gitans ne se sont posé aucune question.

Ce soir-là, la nouvelle se répand comme une traînée de poudre, du quartier Saint-Mathieu, où s'étale le sang de Driss, au quartier Saint-Jacques où a été répandu celui de Mohamed. Ils sont très vite des centaines dans la rue. Ils portent des barres de fer, des battes de base-ball, des cocktails Molotov. On verra même des sabres. Et ils déferlent en direction du quartier gitan, saccageant au passage vitrines et abribus, retournant sans distinction voitures et poubelles avant d'embraser le tout.

La rue Foch n'est plus qu'un champ de bataille. Place Cassanyes, au pied du quartier gitan assiégé, des coups de feu partent des balcons. Plus de quatre cents policiers et gendarmes sont là pour s'interposer, mais la foule est définitivement incontrôlable. Aux deux compagnies de CRS déjà mobilisées, viendront s'ajouter des renforts venus de tout le Sud. Un calme relatif reviendra peu après minuit. Le moment d'un premier bilan : huit blessés, dont deux par balles – l'un se trouvait hier encore dans un état critique –, quatre par arme blanche, deux par des tessons de bouteille. Et trente-sept personnes placées en garde à vue.

Alors, Perpignan offrait hier le visage honteux d'une ville abandonnée par ses habitants. Tandis que l'on finissait de remorquer les voitures saccagées dans les ruelles étroites du centre historique, quelques commerçants seulement avaient ouvert «quand même».

En ce lendemain de fièvre, les Gitans se terrent. Loin, en fait, du quartier Saint-Jacques devenu trop dangereux : ils ont afflué en masse vers la cité de transit de l'avenue de l'Industrie. Quelques vieux Maghrébins seulement forment de petits groupes place Cassanyes. Ils sont paisibles, visiblement attristés par ce qui arrive. Mais ils demandent «un peu plus de justice» : «Pourquoi est-ce que la police ne fait rien pour empêcher les Gitans d'être armés ? Ils ont tous des armes !» Le fait est notoire, à Perpignan. Mais il reste à prouver que le tireur de la rue des Sureaux était un Gitan...

Comment sortir, maintenant, de ce tragique face-à-face ? La polémique se développe déjà, bien sûr, quant aux responsabilités des uns et des autres : ceux qui ont «laissé se développer la misère», qui n'ont rien fait pour débarrasser la ville de ses terribles clivages, la laissant vivre à trois vitesses – Catalans, Maghrébins, Gitans, comme autant de cercles imperméables – ou pratiquant à l'occasion le «clientélisme» (lire ci-contre).

Que se passera-t-il demain ? Gitans et Maghrébins pourront-ils à nouveau vivre ensemble ? Seule certitude, «les CRS sont là pour un moment», comme le déplorait hier une commerçante de la rue de la Cloche-d'Or. Une patrouille, justement, passait, son chef consultant un plan comme on étudie une carte d'état-major. La nuit promettait d'être longue.
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