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Saturday, June 25, 2005
 
La menace du terrorisme algérien plane à nouveau sur la France
Le GSPC algérien menacerait la France dans le cadre du "djihad" international
LE MONDE | 25.06.05 | 11h36 • Mis à jour le 25.06.05 | 13h46

La menace du terrorisme algérien plane à nouveau sur la France. Les services de renseignement ont relevé avec inquiétude, ces derniers mois, la volonté du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) d'inscrire son activité dans le cadre du djihad (guerre sainte) international. Organisation islamiste aujourd'hui la plus structurée en Algérie, le GSPC serait entré en contact en octobre 2004 avec le djihadiste jordanien Abou Moussab Al-Zarkaoui, à l'époque où ce dernier, d'abord autonome à la tête de son groupe Unification et Djihad, prêtait allégeance à Oussama Ben Laden et à Al-Qaida, et devenait son chef pour l'Irak.

Le 14 octobre 2004, Abdelmalek Droukdal, spécialiste en explosifs, devenu chef du GSPC après la mort de Nabil Sahraoui dans une opération de l'armée algérienne en juin 2004, a adressé un courrier à Al-Zarkaoui. La missive ressemble à la fois à une offre de services et à une demande d'aide. Interceptée par les services américains et transmise à leurs homologues français, elle commence par un hommage rendu à l'action d'Al-Zarkaoui et de ses hommes en Irak. Elle se poursuit avec une dénonciation de la France, en raison de sa coopération étroite avec le régime algérien et du soutien apporté au président Abdelaziz Bouteflika. La preuve de cette coopération a été, selon l'auteur du courrier, l'implication de la France dans la libération des 32 touristes européens ­ dont 15 Allemands ­ enlevés dans le Sahara en 2003.

En conséquence, Droukdal invite Al-Zarkaoui à inclure les Français parmi les cibles des enlèvements en Irak et à les garder en otage. Le GSPC, pour sa part, affiche son intention d'exercer des pressions de tous ordres sur la France, afin d'obtenir la libération de certains de ses cadres emprisonnés en Algérie. A commencer par Amar Saïfi, dit "Abderrezak le para", capturé par des rebelles tchadiens en 2004 puis extradé vers Alger. Il est considéré comme l'initiateur de l'enlèvement des touristes européens.


RELAIS INCONNUS


Les auditions de ce dernier par les services algériens ont révélé qu'il aurait embrigadé une soixantaine de combattants en Mauritanie, théâtre de la dernière opération spectaculaire revendiquée par le GSPC. Le 3 juin, 15 soldats mauritaniens ont été tués et 17 autres blessés lors d'une attaque menée dans le désert du nord-est du pays contre une base militaire. Il s'agirait de l'oeuvre du Groupe mauritanien pour le prêche et le jihad (GMPJ), nouvelle entité affiliée au GSPC. Son existence confirme les craintes américaines de plus en plus vives sur une extension de l'activisme islamiste dans cette région.

Les nouvelles ambitions internationales du GSPC font l'objet de vifs débats entre experts. L'intention apparaît cependant nettement. Le 11 septembre 2003, le GSPC a annoncé son ralliement à Al-Qaida, dans un communiqué qui n'a toutefois jamais pu être authentifié. Ce même mois, un émissaire yéménite d'Al-Qaida, venu en Algérie afin de lier directement les contacts avec la direction du GSPC, a été tué au cours d'une opération militaire. En février 2005, l'organisation a, pour la première fois, apporté son soutien aux opérations de type kamikaze, confirmant qu'elle se trouvait sur la même ligne qu'Al-Zarkaoui.

Et la France ? La volonté de nuire est établie, notamment dans le courrier intercepté, mais les moyens et les relais demeurent inconnus. Dans un message sonore daté du 18 mai, Al-Zarkaoui s'en était pris à Jacques Chirac, "le chien des croisés, lorsqu'il a ordonné d'ôter le hidjab -voile- des musulmanes en France". Mais il disposerait surtout de relais en Allemagne. Quant au GSPC, la radicalisation de ses positions et sa volonté d'agir en dehors des frontières algériennes font de la France une cible potentielle. "Il est évident que, dans leur esprit, le djihad global commence à Marseille et se termine à Lille" , soupire un haut responsable français de l'antiterrorisme, soulignant l'importance des réseaux algériens dans les attentats perpétrés en France en 1995-1996.


NOUVELLE GÉNÉRATION


Les craintes de la direction de la surveillance du territoire (DST) et des renseignements généraux (RG) portent aussi sur le sort de sympathisants du GSPC ou d'autres structures islamistes algériennes comme le GIA, qui sont récemment sortis de prison ou vont bientôt être relâchés, après avoir été condamnés dans les années 1990 par la justice française. Ces détenus ont souvent bénéficié d'aides financières provenant de trafics de contrefaçon ou de fraudes aux droits sociaux, en région parisienne. Cette donnée confirme, à une échelle réduite, la tendance constatée partout dans le monde : la porosité entre le fanatisme religieux et les activités criminelles.

Cette dizaine d'individus considérés comme radicaux n'ont pas été adoucis par leur incarcération ; au contraire, ils ont souvent converti d'autres détenus non pratiquants. Une fois dehors, certains ont repris contact avec la mouvance islamiste radicale. Les autorités réfléchissent à la manière de les neutraliser, leur surveillance ne pouvant être totalement sûre. Le problème se pose en particulier pour ceux qui disposent de la nationalité française et ne sont pas expulsables. L'idée de les déchoir de leur nationalité pour les éloigner a été envisagée, mais la procédure est très complexe.

Ces vétérans de l'islamisme servent parfois de référence à la nouvelle génération, dont la rapidité de conversion n'a d'égale que sa radicalité. Pour la première fois, certains jeunes envisagent de mourir en martyrs. Exemple significatif : celui de Farid Benyettou, 23 ans, personnage clé de l'enquête sur la "filière irakienne", dont le dernier épisode a été l'interpellation de quatre hommes à Limoges et à Montpellier, le 21 juin. Devenu référent religieux du groupe de jeunes croyants du 19e arrondissement de Paris, Benyettou a été initié par son beau-frère, Youcef Zemmouri, membre d'un réseau logistique de soutien au GSPC, démantelé en mai 1998, à la veille de la Coupe du monde de football organisée en France.

Piotr Smolar
Article paru dans l'édition du 26.06.05
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