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Tuesday, March 22, 2005
 
Un islamiste radical infiltré dans la Haute Autorité de lutte contre les discriminations ?
Il a fréquenté les milieux islamistes dans sa jeunesse
Le passé controversé d'Amar Dib, membre du collège de la Halde
Le Figaro [22 mars 2005]
La récente nomination d'Amar Dib au collège de la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité (Halde) suscite des remous. A Lyon, où il a grandi, des militants associatifs et des élus qui l'ont connu évoquent un passé d'islamiste, en particulier son engagement dans une association qui envoyait des jeunes au Pakistan dans les années 90. Avant de le nommer (*), le cabinet du président de l'Assemblée nationale, Jean-Louis Debré, avait sollicité, en février, l'avis du préfet du Rhône : un avis négatif, transmis à deux reprises. L'entourage du président de l'Assemblée est passé outre. L'intéressé, lui, reconnaît avoir traversé une «phase mystique» achevée en 1995. Pas davantage.

En 1994, les activités d'Amar Dib intéressent la police. Il dirige alors le Groupement pour l'entraide et la jeunesse à Rilleux-la-Pape, dans la banlieue lyonnaise, avec Kamel Mansour, un religieux appartenant au Tabligh, mouvement rigoriste d'origine indienne fortement implanté en France. «C'est alors que s'organisent dans la commune des voyages à l'étranger pour se former religieusement», peut-on lire dans une note de police, transmise à l'époque au cabinet du ministre de l'Intérieur.

Selon d'autres dossiers, Amar Dib aurait appartenu au Tabligh dans les années 90. Ce mouvement dédié au prêche et à la conversion a largement participé à la réislamistation des jeunes dans les banlieues françaises. Piétiste mais apolitique, il siège aujourd'hui au Conseil français du culte musulman (CFCM). Amar Dib nie avoir appartenu à ce groupe. «Ces jeunes partaient s'instruire religieusement au Pakistan avec le mouvement Tabligh et non avec le Groupement pour l'entraide et la jeunesse.» Une version contestée par Nabil Slimani, membre à l'époque du mouvement de Maghrébins laïques, France Plus : «C'est bien l'association de Kamel Mansour et Amar Dib qui envoyait des jeunes au Pakistan en utilisant des subventions publiques.»

Longtemps surveillé par les policiers, cet ancien éducateur n'a jamais été inquiété. «Amar Dib a fréquenté les islamistes. Mais rien dans son dossier ne permet de le qualifier de dangereux», glisse-t-on au ministère de l'Intérieur. La présidence de l'Assemblée nationale défend son choix : «C'est un sociologue qui a beaucoup oeuvré pour la prévention de la délinquance. Il est un ancien membre du Conseil économique et social et le président des clubs Convergences» (NDLR : dédiés à la promotion des enfants de l'immigration).

Soutenu par les ministres Jean-François Lamour et Jean-Louis Borloo, Amar Dib assure «avoir tourné cette page mystique depuis dix ans. Tout le monde peut se tromper». A Matignon, l'affaire agace : on aurait préféré un candidat au passé plus paisible.

C. G.

(*) Le collège de la Halde comprend 11 membres, dont Louis Schweitzer, président.

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