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Saturday, June 25, 2005
 
La menace du terrorisme algérien plane à nouveau sur la France
Le GSPC algérien menacerait la France dans le cadre du "djihad" international
LE MONDE | 25.06.05 | 11h36 • Mis à jour le 25.06.05 | 13h46

La menace du terrorisme algérien plane à nouveau sur la France. Les services de renseignement ont relevé avec inquiétude, ces derniers mois, la volonté du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) d'inscrire son activité dans le cadre du djihad (guerre sainte) international. Organisation islamiste aujourd'hui la plus structurée en Algérie, le GSPC serait entré en contact en octobre 2004 avec le djihadiste jordanien Abou Moussab Al-Zarkaoui, à l'époque où ce dernier, d'abord autonome à la tête de son groupe Unification et Djihad, prêtait allégeance à Oussama Ben Laden et à Al-Qaida, et devenait son chef pour l'Irak.

Le 14 octobre 2004, Abdelmalek Droukdal, spécialiste en explosifs, devenu chef du GSPC après la mort de Nabil Sahraoui dans une opération de l'armée algérienne en juin 2004, a adressé un courrier à Al-Zarkaoui. La missive ressemble à la fois à une offre de services et à une demande d'aide. Interceptée par les services américains et transmise à leurs homologues français, elle commence par un hommage rendu à l'action d'Al-Zarkaoui et de ses hommes en Irak. Elle se poursuit avec une dénonciation de la France, en raison de sa coopération étroite avec le régime algérien et du soutien apporté au président Abdelaziz Bouteflika. La preuve de cette coopération a été, selon l'auteur du courrier, l'implication de la France dans la libération des 32 touristes européens ­ dont 15 Allemands ­ enlevés dans le Sahara en 2003.

En conséquence, Droukdal invite Al-Zarkaoui à inclure les Français parmi les cibles des enlèvements en Irak et à les garder en otage. Le GSPC, pour sa part, affiche son intention d'exercer des pressions de tous ordres sur la France, afin d'obtenir la libération de certains de ses cadres emprisonnés en Algérie. A commencer par Amar Saïfi, dit "Abderrezak le para", capturé par des rebelles tchadiens en 2004 puis extradé vers Alger. Il est considéré comme l'initiateur de l'enlèvement des touristes européens.


RELAIS INCONNUS


Les auditions de ce dernier par les services algériens ont révélé qu'il aurait embrigadé une soixantaine de combattants en Mauritanie, théâtre de la dernière opération spectaculaire revendiquée par le GSPC. Le 3 juin, 15 soldats mauritaniens ont été tués et 17 autres blessés lors d'une attaque menée dans le désert du nord-est du pays contre une base militaire. Il s'agirait de l'oeuvre du Groupe mauritanien pour le prêche et le jihad (GMPJ), nouvelle entité affiliée au GSPC. Son existence confirme les craintes américaines de plus en plus vives sur une extension de l'activisme islamiste dans cette région.

Les nouvelles ambitions internationales du GSPC font l'objet de vifs débats entre experts. L'intention apparaît cependant nettement. Le 11 septembre 2003, le GSPC a annoncé son ralliement à Al-Qaida, dans un communiqué qui n'a toutefois jamais pu être authentifié. Ce même mois, un émissaire yéménite d'Al-Qaida, venu en Algérie afin de lier directement les contacts avec la direction du GSPC, a été tué au cours d'une opération militaire. En février 2005, l'organisation a, pour la première fois, apporté son soutien aux opérations de type kamikaze, confirmant qu'elle se trouvait sur la même ligne qu'Al-Zarkaoui.

Et la France ? La volonté de nuire est établie, notamment dans le courrier intercepté, mais les moyens et les relais demeurent inconnus. Dans un message sonore daté du 18 mai, Al-Zarkaoui s'en était pris à Jacques Chirac, "le chien des croisés, lorsqu'il a ordonné d'ôter le hidjab -voile- des musulmanes en France". Mais il disposerait surtout de relais en Allemagne. Quant au GSPC, la radicalisation de ses positions et sa volonté d'agir en dehors des frontières algériennes font de la France une cible potentielle. "Il est évident que, dans leur esprit, le djihad global commence à Marseille et se termine à Lille" , soupire un haut responsable français de l'antiterrorisme, soulignant l'importance des réseaux algériens dans les attentats perpétrés en France en 1995-1996.


NOUVELLE GÉNÉRATION


Les craintes de la direction de la surveillance du territoire (DST) et des renseignements généraux (RG) portent aussi sur le sort de sympathisants du GSPC ou d'autres structures islamistes algériennes comme le GIA, qui sont récemment sortis de prison ou vont bientôt être relâchés, après avoir été condamnés dans les années 1990 par la justice française. Ces détenus ont souvent bénéficié d'aides financières provenant de trafics de contrefaçon ou de fraudes aux droits sociaux, en région parisienne. Cette donnée confirme, à une échelle réduite, la tendance constatée partout dans le monde : la porosité entre le fanatisme religieux et les activités criminelles.

Cette dizaine d'individus considérés comme radicaux n'ont pas été adoucis par leur incarcération ; au contraire, ils ont souvent converti d'autres détenus non pratiquants. Une fois dehors, certains ont repris contact avec la mouvance islamiste radicale. Les autorités réfléchissent à la manière de les neutraliser, leur surveillance ne pouvant être totalement sûre. Le problème se pose en particulier pour ceux qui disposent de la nationalité française et ne sont pas expulsables. L'idée de les déchoir de leur nationalité pour les éloigner a été envisagée, mais la procédure est très complexe.

Ces vétérans de l'islamisme servent parfois de référence à la nouvelle génération, dont la rapidité de conversion n'a d'égale que sa radicalité. Pour la première fois, certains jeunes envisagent de mourir en martyrs. Exemple significatif : celui de Farid Benyettou, 23 ans, personnage clé de l'enquête sur la "filière irakienne", dont le dernier épisode a été l'interpellation de quatre hommes à Limoges et à Montpellier, le 21 juin. Devenu référent religieux du groupe de jeunes croyants du 19e arrondissement de Paris, Benyettou a été initié par son beau-frère, Youcef Zemmouri, membre d'un réseau logistique de soutien au GSPC, démantelé en mai 1998, à la veille de la Coupe du monde de football organisée en France.

Piotr Smolar
Article paru dans l'édition du 26.06.05
Friday, June 24, 2005
 
Le père du jeune français tué au Maroc se dit convaincu qu'il s'agit d'un crime islamiste
Le père du jeune Benjamin tué à Fès se dit «convaincu qu'il s'agit d'un crime islamiste»
AP | 24.06.05 | 20:41
RABAT (AP) -- «A ce stade de l'enquête, je suis convaincu qu'il s'agit d'un crime islamiste», a déclaré vendredi à l'agence Associated Press (AP) Eric Vanse Veren, un ressortissant français dont le fils a été tué par un inconnu le 17 février à Fès au Maroc.
Benjamin Vanse Veren, 16 ans, avait été poignardé par un homme barbu, vêtu d'une djellaba blanche, alors qu'il faisait du tourisme avec ses parents et son jeune frère, âgé de neuf ans, dans la «médina» (vieille ville) de Fès.
Sa mère avait également été blessée au rein par un coup de poignard de l'agresseur, Abdelillah Mazzine, 29 ans, interpellé après une brève tentative de fuite. Identifié par les témoins, le suspect, qui a reconnu les faits, avait été présenté par les autorités marocaines comme «un déséquilibré mental» et «un ancien toxicomane».
Son père, Eric Vanse Veren, cadre bancaire à Montauban (Tarn-et-Garonne) était présent vendredi à la cour d'appel de Fès pour assister à la troisième audience de confrontation organisée par la justice marocaine.
S'abritant derrière «le secret de l'instruction», Eric Vanse Veren, témoin du meurtre de son fils, a toutefois refusé à ce stade de détailler la thèse d'un crime d'inspiration islamiste décidé contre un passant non-musulman.
«Aujourd'hui, je sais exactement ce qui s'est passé», explique le père de la victime; «l'assassin était préparé depuis une demi-heure à tuer dans le cadre d'une opération organisée et planifiée». «Je l'ai clairement entendu crier 'Allah Akbar' (Dieu est grand) quand il a agressé mon fils», a-t-il précisé.
«La justice marocaine a toutes les cartes en main pour faire éclater la vérité», a ajouté Eric Vanse Veren qui s'appuie «sur les témoignages» recueillis en procédure. «Nous avons également fait notre propre enquête et, sans cette enquête, le crime aurait été classé comme un dossier de droit commun».
Le Maroc, qui est engagé depuis mai 2003 dans un travail sécuritaire de démantèlement de puissants réseaux islamistes salafistes, a accueilli près de deux millions de touristes français en 2004.
«Le juge d'instruction fait parfaitement son travail mais maintenant la balle est dans le camp des autorités marocaines», a conclu le père de l'adolescent qui assure être animé «non par un esprit de vengeance mais par une exigence de vérité».
Assisté de son avocat français, Me Jean-Lou Lévi, Eric Vanse Veren devrait revenir au Maroc le 2 septembre pour une nouvelle audience contradictoire d'instruction. AP
Wednesday, June 22, 2005
 
Terroristes islamistes: Filières irakiennes:Coup de filet de la DST à Limoges et Montpellier
Jean Chichizola
Le Figaro[22 juin 2005]

Les policiers de la Direction de la surveillance du territoire (DST) ont interpellé hier sept personnes à Montpellier (Hérault) et à Limoges (Haute-Vienne) dans le cadre de l'enquête menée par la justice française sur l'envoi de combattants islamistes en Irak. Les enquêteurs cherchent à établir si les quatre hommes visés, âgés d'une trentaine d'années et arrêtés, pour certains, avec leurs compagnes, ont participé à un réseau de soutien logistique et de recrutement de volontaires pour un voyage au «pays des deux fleuves».

A la différence des jeunes endoctrinés et peu expérimentés interpellés dans le XIXe arrondissement de Paris en janvier dernier, ce nouveau réseau serait en contact avec le groupe islamiste kurde irakien Ansar al-Islam apparu ces trois dernières années dans plusieurs enquêtes européennes (Allemagne, Espagne, Italie...). Créée en 2001, cette organisation des «partisans de l'islam» avait accueilli plusieurs dizaines d'Arabes, dont le Jordanien Abou Moussab al-Zarqaoui, après la chute du régime des talibans en Afghanistan. Chargés, dès les années 2002-2003, de recruter des volontaires, de fabriquer des faux papiers et de récolter de l'argent, les réseaux européens d'Ansar al-Islam regroupent des individus rompus à la vie clandestine dont certains se sont rendus en Afghanistan ou dans le Caucase dans les années 90 et 2000.

Français d'origine maghrébine et natifs de Montpellier, les suspects interpellés hier matin étaient en relation téléphonique fréquente avec des responsables islamistes installés en Irak. En juin 2004, l'un d'entre eux est parti combattre en Irak, via la Syrie, en compagnie d'un djihadiste marocain. Rentré en France, l'homme aurait tenté de convaincre ses camarades de suivre son exemple. Les enquêteurs ont à présent 96 heures – durée maximale de la garde à vue en matière antiterroriste – pour confirmer, ou infirmer, leurs soupçons.

L'opération de la DST, le quatrième en France contre des «filières irakiennes» depuis le début de l'année, intervient alors que le bilan dressé par les services de renseignement s'alourdit de jour en jour. Le 9 juin dernier, une note du ministère de l'Intérieur indiquait qu'au moins neuf islamistes français se trouvaient en Irak et que six autres y avaient trouvé la mort. Elle révélait qu'un nouveau kamikaze venu de France était mort dans une attaque contre les troupes américaines.

Premier candidat français au suicide, tué le 20 octobre 2004, Abdelhalim Badjoudj faisait partie d'un petit groupe de jeunes du XIXe arrondissement. Le deuxième kamikaze, français d'origine maghrébine, est mort quant à lui en février 2005. Agé de 41 ans, il aurait rejoint l'Irak via le Royaume-Uni et la Syrie. La police britannique a annoncé avoir interpellé hier à Manchester (nord de l'Angleterre) l'un de ses colocataires pour en savoir plus sur son séjour outre-Manche.

Un parcours qui rappelle celui des islamistes qui, dans les années 90, gagnaient les champs de bataille afghans en passant par les mosquées britanniques.
Tuesday, June 21, 2005
 
Terrorisme: Filières irakiennes: perquisition chez un commerçant de Limoges
LIMOGES, 21 juin 2005 (AFP) © 2005 AFP
Des policiers de la Direction de la surveillance du territoire (DST) ont perquisitionné mardi la boutique d'un commerçant de Limoges, dans le cadre de l'enquête sur les "filières irakiennes", a-t-on appris de sources concordantes.

La boutique, qui est spécialisée dans l'installation de fenêtres, est gérée par un jeune artisan et son frère, selon le Populaire du Centre qui révèle l'affaire dans son édition de mercredi.

Joint par le journal, le commerçant a indiqué "ne pas avoir été entendu par les policiers, et n'être personnellement en aucune façon mêlé à l'affaire". Il a par ailleurs refusé de donner les raisons de la perquisition.

Par ailleurs, un jeune homme menotté, revêtu d'une djellaba, accompagnait les policiers lors de la perquisition, selon les témoignages recueillis sur place. Les policiers sont repartis avec le contenu d'un gros carton récupéré dans la boutique.

La DST agissait à la demande du juge antiterroriste Jean-Louis Bruguière, dans le cadre d'une enquête sur le départ de volontaires français en Irak, selon le parquet antiterroriste de Paris.

Le parquet s'est cependant refusé à indiquer le nombre de personnes interpellées à Limoges et si des cibles similaires ont été visées au même moment dans d'autres villes de France.

Les "filières irakiennes" étaient apparues en janvier, avec l'arrestation d'un groupe de onze personnes, la plupart originaires du 19ème arrondissement de Paris. Trois d'entre elles avaient été écrouées après avoir été mises en examen pour "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste".
 
La France, nouveau marché aux esclaves chinois
«Libération» s'est procuré un rapport édifiant sur l'exploitation des migrants.

La France, nouveau marché aux esclaves chinois

Par Christian LOSSON

mardi 21 juin 2005 (Liberation - 06:00)

Bienvenue en France. Malgré une dette de 9 000 euros à des «têtes de serpents», le surnom des passeurs (lire ci-contre), Guo y a cru. Au bout de deux mois sur le sol parisien, il gagnait 450 euros. Quand le boss sortait de l'atelier de confection, il fermait la porte à clé. Il est sorti une fois en vingt-trois jours. Puis, il a quitté son boulot pour la plonge. C'est mieux. Il dit : «J'y travaille douze heures par jour et six jours par semaine. Pour 300 euros par mois. Je mange et je dors dans le restaurant. C'est comme une peine de mort.»

Tuberculose. Soeur A., elle, a vendu sa maison 6 300 euros en Chine pour payer une partie de son passage en France. Elle a commencé comme nourrice dans une famille chinoise : lever à 5 heures, coucher à minuit. Puis elle a encastré des boutons dans des vêtements dans un taudis de banlieue. Elle est maintenant domestique d'un Français de 60 ans. Royal, il l'héberge et lui donne parfois un peu d'argent de poche «60 euros par mois». Ex-banquier en Chine, les Ying s'installent en Bulgarie en 1998. Rackettés, ils contractent une dette de 1 500 euros pour passer en France. Montant quotidien des intérêts : 150 euros ! Lui en gagne autant par mois, à Paris, dans une sandwicherie. Soit le montant du loyer d'un bouge de 10 m2, sans chauffage. Elle a la tuberculose, et pas de quoi payer le lait pour leur bébé.

«Servitudes pour dettes.» Ces histoires sont tirées d'un rapport de l'Organisation internationale du travail (1), le Trafic et l'exploitation des Chinois en France, que Libération s'est procuré, et qui sort aujourd'hui. Une enquête édifiante qui ne se contente pas de compiler des chiffres, mais raconte des trajectoires de victimes de «travail forcé». Du départ de la Chine à leur situation en Ile-de-France (70 % à Paris, 30 % en banlieue). Combien sont-ils ? «Les chiffres de 50 000 sans-papiers, avec 6 000 nouveaux entrants par an, sont crédibles», confie Gao Yun, l'un des auteurs du rapport. Chaque année, 60 000 tenteraient de rentrer en France et 4 000 ont été arrêtés à Roissy en 2003. La majorité des exploités le sont dans la confection, la restauration, le bâtiment, la prostitution... Pour passer en France (pas toujours par les airs), ils déboursent autour de 17 000 euros, croulent sous des «servitudes pour dette» de deux à dix ans, travaillent parfois sans salaire pour conserver, quand ils en ont, un titre de séjour...

Ce trafic d'humains à grande échelle touche surtout les petites structures clandestines organisées «sur le modèle familial». Les grands ateliers de confection qui font appel à des clandestins «sont délocalisés dans la banlieue», où «policiers et inspecteurs du travail» sont moins présents... La crise, liée à la fin des quotas textiles chinois depuis janvier, n'a pas changé la donne. «Au contraire, raconte Gao Yun. Pour éviter d'avoir des stocks, les commandes se font sur une très courte période.» Avec une main-d'oeuvre très flexible qui peut travailler vingt heures par jour. Comme le couple Li, «dernier maillon de la chaîne de sous-traitance». «Ils ne sortent jamais de peur des contrôles», raconte Gao Yun. Avec leur fille, ils vivent dans 9 m2, où «des planches en bois suspendues au mur tiennent lieu de lit», note le rapport. Parce qu'il faut de la place pour les cinq machines à coudre. Ex-homme d'affaires qui a fait faillite lors de la crise de 1997, Li «offre» du vin à sa voisine pour qu'elle ne le dénonce pas. Li n'inscrira pas sa fille à l'école, car il croit qu'il faut un passeport. Li paye aussi un «ami» qui a signé pour lui le bail. Li a a dû renoncer à apprendre le français parce qu'il se tue dix-huit heures par jour au travail. Li lâche donc 30 euros pour chaque recours à un traducteur.

«Sanctions ciblées.» Au final, le rapport préconise un «partenariat transfrontalier». Recommande une indemnisation des victimes pour les «mettre à l'abri des exploiteurs» contre lesquels il préconise «des sanctions ciblées». L'OIT évoque aussi la possibilité d'ouvrir «la niche économique et ethnique» dans les secteurs à très haute concentration chinoise via des quotas. Ou une meilleure information en Chine pour éviter «les représentations imaginaires de la vie en France». Les autorités françaises préfèrent-elles ne pas voir ce marché d'esclavage moderne, qui ne se réduit pas aux seuls Chinois, mais touche aussi «des Indo-Pakistanais ou des Thaïlandais» ? Elles voient en tout cas d'un mauvais oeil la publication d'un rapport qui projette une lumière inédite sur ce qui se passe au coeur de la République, à Paris. «Il est plus facile de condamner le travail forcé en Birmanie que de reconnaître le travail forcé en France, souffle un expert de l'OIT à Genève. D'autant que la France est en train de durcir sa politique d'immigration.» Et si la France s'alarme des délocalisations, elle passe sous silence ces «délocalisés» à l'envers.

(1)www.ilo.org
 
Les espions de Pékin dans la guerre du renseignement économique
CHINE Une succession d'incidents met en lumière la face cachée d'une concurrence acharnée avec l'Occident
Les espions de Pékin dans la guerre du renseignement économique

Pékin : de notre correspondant Jean-Jacques Mével
[21 juin 2005]

Si le dynamisme économique et l'essor des crédits militaires sont les ressorts connus d'une politique de puissance, la guerre du renseignement en est souvent la signature clandestine. Sur ce front-là un nouvel affrontement se dessine : après les espions venus du froid, voici le tour des taupes chinoises.

Dans ce face-à-face souterrain entre l'Occident et la République populaire, personne ne connaît encore très bien les forces et les faiblesses de l'autre. Mais l'accumulation récente des incidents, aussi bien en Europe qu'en Amérique du Nord et jusqu'en Australie, témoigne de l'appétit planétaire de la Chine pour l'influence et surtout pour les secrets des autres. Un intérêt commercial bien compris conduit encore quelques capitales, notamment en Europe, à préférer une prudente discrétion sur le sujet.

Peu à peu, pourtant, une réalité s'affirme : les «services» se retrouvent face à un défi sans précédent depuis l'effondrement de l'empire soviétique. Sans surprise, c'est Wa shington qui sonne l'alarme. «Même en multipliant nos agents, nous ne pourrions stopper la vague», notait récemment David Szady, n° 2 du contre-espionnage au FBI.

Ces dernières années, le profil de l'espionnage chinois s'est dégrossi et il apparaît aujourd'hui bien différent du modèle soviétique. La nouvelle guerre de l'ombre n'est pas la réplique de la précédente, ce qui ajoute à la perplexité. A l'obsession de l'ex-URSS pour le renseignement d'intérêt militaire s'oppose l'acharnement de la République populaire à espionner pour le seul objectif qui compte : la guerre économique. Ses agents opèrent aussi d'une manière inhabituelle. Rares sont ceux qui peuvent situer l'équivalent chinois du KGB. Et si l'on soupçonne l'existence d'officiers traitants, ils se gardent bien de fréquenter les missions diplomatiques chères à John Le Carré.

La question du renseignement industriel a fait surface en France au printemps, avec l'incarcération de Li Li Huang, jeune Chinoise en stage chez l'équipementier automobile Valeo.

Un réseau chinois aux dimensions de l'Union européenne et piloté depuis la Belgique serait dans le collimateur de plusieurs services de contre-espionnage depuis 2003, d'après le Centre européen pour le renseignement stratégique (ESISC), installé à Bruxelles. Sous la façade d'une association d'étudiants «indépendante de toute structure diplomatique», il regrouperait plusieurs dizaines d'agents, stagiaires en entreprises et doctorant en sciences pour la plupart.

De l'autre côté de l'Atlantique, le FBI s'inquiète publiquement de l'envolée des affaires d'espionnage chinois, en hausse de 20 à 30% par an, entre autres dans la Silicon Valley, pépinière californienne des hautes technologies. Les Etats-Unis ont sous surveillance plus de 3 500 entreprises liées à Pékin et soupçonnées d'avoir comme activité n° 1 la collecte du renseignement.

Les universités américaines, qui sont souvent de puissants laboratoires de recherche, sont considérées comme le maillon faible. «Elles accueillent 150 000 étudiants chinois, dont certains ont reçu comme mission explicite de faire leur chemin dans les grandes entreprises», soutenait David Szady en février, devant un parterre d'experts américains.

Dans le ciblage chinois, les technologies civiles comme les systèmes informatiques, l'aéronautique, les lasers ou les capteurs l'emportent largement sur les secrets purement militaires. Pékin excellerait aussi dans l'art de reconstituer un tableau complet à partir des détails patiemment accumulés sous une multitude de regards, hommes d'affaires en mission, chercheurs universitaires, voire simple touristes.

Dernier en date, l'épisode australien montre les «services» de la République populaire désormais assez sûrs d'eux pour monter des campagnes d'influence et étendre à l'étranger la mise au pas de toute opposition. Coup sur coup, quatre diplomates et agents chinois ont fait défection et révélé, au début du mois, l'existence d'un bon millier de barbouzes, chargés d'intimider les adeptes de la secte Falun Gong, obsession sécuritaire n° 1 de la dictature. La même accusation, aussitôt démentie par Pékin, s'est étendue à la Nouvelle-Zélande et au Canada, autres terres d'exil des Chinois en rupture.


La «stagiaire» chinoise remise en liberté
La jeune stagiaire chinoise suspectée d'espionnage chez Valeo a été remise en liberté hier après-midi par la chambre d'instruction de la cour d'appel de Versailles (Yvelines). Mise en examen le 29 avril pour «intrusion dans un système automatique de données», elle avait été suspectée d'avoir recopié des fichiers informatiques de l'entreprise sans rapport avec son stage. Lors de leurs investigations, les policiers auraient relevé sur ses mails des messages codés provenant de Chine. Li-Li, 22 ans, effectuait un stage depuis février chez l'équipementier automobile Valeo à La Verrière (Yvelines) dans le cadre de ses études à l'université de technologie de Compiègne (Oise).
 
Le terroriste islamiste anti-occidental est bien éduqué, issu des classes moyennes, souvent marié et déraciné dans un pays d'expatriation
La surprenante sociologie des acteurs du djihad
Par Michel MOUTOT PARIS, 21 juin 2005 (AFP) © 2005 AFP

Le terroriste islamiste anti-occidental est bien éduqué, issu des classes moyennes, souvent marié et déraciné dans un pays d'expatriation, souligne, dans un livre qui dément bien des clichés, le psychiatre, sociologue et ancien agent de la CIA Marc Sageman.

Pour écrire "Le vrai visage des terroristes", il a rassemblé sur de petites fiches cartonnées toutes les informations et renseignements libres d'accès disponibles sur 172 terroristes présumés: lieu de naissance, milieu socio-culturel, études, diplômes, situation familiale, voyages.

Quand elles sont parues à l'automne 2004 aux Etats-Unis (sous le titre "Understanding terror networks"), ces statistiques ont révélé à l'Amérique un portrait inattendu de ses nouveaux ennemis: loin d'être des damnés de la terre, les auteurs du 11 septembre et d'autres attentats islamistes sont dans leur grande majorité des enfants de la petite ou moyenne bourgeoisie de leurs pays d'origine.

Etudiant les relations entre les acteurs, Marc Sageman a remarqué des constantes: l'une d'elles est l'expatriation, ou les difficultés d'adaptation dans des pays d'accueil.

"Victimes du mal du pays, ils ont fait ce que chacun aurait fait à leur place et se sont rassemblés là où ils pensaient trouver des gens comme eux, c'est-à-dire les mosquées. Ils se sont tournés vers les mosquées non parce qu'ils étaient religieux, mais parce qu'ils cherchaient des amis".

Dans plus de 80% des cas étudiés (les statistiques de Marc Sageman comprennent aujourd'hui plus de 500 noms), il est possible de trouver un lien d'amitié ou de parenté à l'origine de l'engagement dans le djihad.

Et la force d'entraînement du groupe est un élément majeur, souvent mésestimé, estime l'auteur: "A Madrid, c'était sept terroristes partageant un appartement. L'un d'eux dit : +Ce soir, on y va tous, les gars+. Vous ne pouvez pas trahir vos amis, alors vous y allez. Individuellement, ils ne l'auraient certainement pas fait".

Pour lutter efficacement contre la menace djihadiste, les Etats-Unis devraient, au lieu de les pourchasser, tenter de retourner et de transformer en agents les anciens stagiaires des camps d'entraînement en Afghanistan, du moins ceux (et ils sont nombreux) qui n'ont pas basculé dans le terrorisme, préconise en conclusion Marc Sageman.

("Le vrai visage des terroristes - Psychologie et sociologie des acteurs du djihad" de Marc Sageman, Editions Denoël, 20 euros).

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